Jon Jones - Est-ce qu'il ébranlera le monde?

"Je veux qu’on se souvienne de moi, je veux être bon à quelque chose." - Jon Jones
Cinquième round. C’est le moment de laisser sortir la bête.

À l’Académie Greg Jackson d’Albuquerque au Nouveau-Mexique, cela signifie l’appel de Tyler “The Beast” East, un colosse de 6’5” et 250 livres. L’aspirant au titre des mi-lourds de l’UFC, Jon Jones vient de terminer quatre rounds de sparring afin de se préparer pour son combat de l’UFC 128 face à Mauricio “Shogun” Rua. Sa récompense pour le cinquième round sera le puissant géant. Et il a fait travailler “Bones”.

“Ce jeune frappe”, dit Jones dans un gloussement. “Et il lance chaque coup avec d’horribles intentions. Il balance de puissants coups de pied droits dans les jambes et à la tête, et lorsqu’il lance des coups de poing, c’est comme affronter Goliath. Il me fait vraiment sentir comme si j’étais en mode de survie.”

Oui, Jones a été forcé de se mettre en mode survie. Même s’il est passé à travers chacun de ses adversaires, faisant même paraître de bons combattants ordinaires, au gym, le New Yorkais est quotidiennement poussé jusqu’au point de rupture.

“Le sentiment qu’il (East) me donne, personne d’autre ne me l’a encore donné en MMA, sauf peut-être Stephan Bonnar lorsque j’étais vraiment fatigué et que je ne savais plus ce que je faisais”, a mentionné Jones, référant à sa victoire par décision au terme de trois rounds face au finaliste de la première saison de The Ultimate Fighter en 2009. “Mais même avec un livre entier de stratégies, le cardio ainsi que la lutte pour m’appuyer, ce jeune me met en eaux troubles et mon entraîneur fait toujours appel à la bête lorsque je suis fatigué. Il tente littéralement de m’arracher la tête. Puis ensuite, je me mesure à Joey Villasenor. Il a un uppercut et une main droite dévastatrice. Mon équipe est brutale. Ils sont vraiment vicieux, donc quand je passe à travers un entraînement, c’est un tout autre niveau comparativement à ce que je peux déjà avoir expérimenté lors d’un combat.”

Aussi souffrant cela peut-il paraître, c’est une bonne nouvelle pour Jones, un athlète de 23 ans. La mauvaise nouvelle c’est qu’en Rua, il affrontera un adversaire comme il n’a jamais encore affronté jusqu’à présent. C’est pourquoi Rua est l’actuel champion des poids mi-lourds de l’UFC et qu’il est vu comme un des meilleurs 205 livres au monde et c’est le cas même depuis l’époque où il se battait au Japon au PRIDE plusieurs années avant de mettre le pied dans l’Octogone. Mais “Shogun” n’est pas étranger à Jones. En fait, depuis ses débuts dans le sport, il n’était animé par rien d’autre que d’affronter le combattant derviche de Curitiba.

“Il y avait cette fille, Michelle, qui avait l’habitude de me conduire à mes entraînements à New York”, se souvient Jones, qui a commencé à s’entraîner en arts martiaux mixtes en 2007, deux ans après que Rua ait remporté le PRIDE middleweight Grand Prix à l’âge de 23 ans. “Elle s’entraînait depuis beaucoup plus longtemps que moi et c’était une grande partisane de Shogun. Elle était littéralement obsédée par Shogun (rire). Chaque jour je la rencontrais à l’épicerie Wegman et elle avait un DVD différent pour moi et elle ne m’en donnait un nouveau que lorsque je lui rapportais le précédent parce qu’elle savait que j’allais le perdre. Les DVD étaient toujours des DVD de Shogun.”

“Regarde-les”, disait-elle à l’athlète professionnel émergeant, “c’est un excellent moyen d’apprendre à se battre. Évidemment, tu ne pourras utiliser certains des coups de pied au visage et autres trucs du genre, mais regarde ces combats.”

Jones l’a fait et s’est ouvert les yeux.

“J’ai toujours cru qu’il était vicieux, brutal et méchant”, dit Jones d’un ton admiratif. “Il lançait des coups de pied au visage des gens, était agressif et il était le premier que j’aie vu. J’ai pensé que peut-être que j’allais l’affronter un jour, et c’est arrivé. Je n’ai cependant jamais cherché Shogun. Il n’était que le premier combattant que j’ai connu lorsque je me suis intéressé au sport. Le second était (le champion des poids moyens de l’UFC) Anderson Silva et une fois que je me suis imprégné de lui, j’ai totalement oublié Shogun et suis devenu obsédé par Anderson Silva. Mais je me suis toujours souvenu que ce gars, Shogun, avait remporté le PRIDE Grand Prix Championship à l’âge de 23 ans seulement. Ça m’a motivé et m’a permis de croire que c’était possible.”

Si quelqu’un l’a prouvé, c’est Jones, mais soyez bien avertis. Il a démontré que c’était possible de se hisser au sommet du sport en quatre ans, mais ce n’est pas quelque chose que vous voudriez essayer à la maison. Jones possède un talent unique, comme on n’en voit qu’un seul par génération, et son parcours démontre qu’il peut faire des choses fascinantes avec une aisance telle que ça en est presque effrayant. Il a battu Bonnar à son second combat à l’UFC, a infligé de sévères punitions à Brandon Vera et Vladimir Matyushenko et son seul revers face à Matt Hamill fut une disqualification environ 15-20 secondes après que le combat aurait dû être arrêté en sa faveur par TKO.

Mais le combat qui a convaincu le plus de sceptiques fut lorsqu’il a disposé de Ryan Bader en février. C’est une victoire qui a été éclipsée par les événements qui l’ont suivie dans l’Octogone, alors que Jones s’est vu offrir le combat de championnat face à Rua après que son coéquipier, Rashad Evans se soit vu dans l’obligation de se retirer pour cause de blessure. Et c’est malheureux que ce se soit passé ainsi parce que ce combat nous a montré à quel point Jones devenait un combattant dangereux. Il a amené rapidement Bader hors de son élément et a continué de mettre de la pression jusqu’à ce qu’il soumette au second round, celui qui était jusqu’alors invaincu.

“Je savais que j’avais l’avantage au département des frappes”, a commenté Jones. “Mais je croyais honnêtement que ce serait plus serré au niveau de la lutte. Je voulais le dominer en lutte aussi et je croyais que c’était ce que mon défi serait. Je me suis donc présenté pour ce combat avec l’idée de m’aventurer dans une bonne joute de lutte, mais j’ai fini par déborder l’ancien lutteur All-American de Division I, ce qui m'a donné confiance en mes habiletés en lutte. Ça vous permet de voir que ce n’était pas qu’un coup de chance, que ma technique et mes habiletés sont solides et que si j’avais continué à m’entraîner en lutte, que j’aurais été au même niveau que tous ces meilleurs lutteurs au collège pendant toutes ces années.”

Jones a été champion chez les juniors pour l’Iowa Central Community College en 2006, mais s’il y a quelque chose qui allume le feu en lui, c’est lorsque des gens questionnent ses habiletés au tapis, spécialement lorsqu’il affronte des athlètes qui sont réputés avoir une meilleure lutte tels que Bader, Matyushenko ou Hamill. C’est ce qui touche la corde sensible de Jones et il est le premier à l’admettre.

“J’ai confiance en mes capacités et en ma lutte, seulement je crois que beaucoup de ces lutteurs de D-1 nous regardent de haut, nous qui avons combattu chez les juniors, en nous disant ‘oui, peut-être que tu étais champion national, mais c’était juste chez les juniors’”, explique-t-il. “Et selon moi, certains des meilleurs lutteurs proviennent des rangs juniors et je crois que plusieurs lutteurs des juniors peuvent battre des lutteurs de Division I. Dans mon cas, je savais que j’étais aussi bon que quiconque avait fait les D-1 et j’ai même été recruté en D-1, seulement, je n’avais pas les notes afin d’y aller et de prouver que j’étais de ce niveau. Donc vaincre le lutteur de niveau olympique, Matyushenko, et des gars comme Bader, et pouvoir les amener au sol assez facilement, ça m’a fait quelque chose. Ça m’a touché droit au cœur de constater que ce que je croyais était vrai. Je n’étais pas devenu ce que j’aurais pu devenir en tant que lutteur. J’ai été mis de côté, mais lorsque j’ai pu amener au sol certains de ces lutteurs phénoménaux, ça a signifié beaucoup pour moi, surtout considérant que mon rêve s’était terminé abruptement.”

Quoiqu’il puisse certainement encore espérer…

“Je devrais peut-être, mais je ne peux pas m’imaginer m’asseoir sur un banc de collège en ce moment, puis rentrer à la maison changer des couches pour ensuite me rendre à mon entraînement de MMA”, plaisante-t-il. Voilà ce qui ferait toute une histoire.

“Je serais sûrement un gamin intéressant à avoir dans votre classe.”

C’est certain puisque son intensité, son esprit de compétition, son dynamisme, son sens de l’humour et sa vivacité d’esprit ont justement fait de Jones le nouveau visage des MMA. Il s’est fait surnommer “The Next Big Thing” depuis ses débuts à l’UFC face à Andre Gusmao en 2008, et rien depuis ce combat n’a réduit les attentes à son endroit. L’annonceur de l’UFC, Bruce Buffer, a même commenté plus tôt cette année que Jones pourrait devenir le Mohammad Ali de ce sport. Voilà beaucoup de pression pour un combattant qui n’a même pas encore remporté un championnat du monde, mais Jones embrasse un tel discours.

“J’étais très honoré et flatté”, a dit Jones. “Bruce est impliqué dans ce sport depuis plusieurs années et il a vu une tonne de talents et de potentiels franchir le pas de la porte et repartir le lendemain. J’étais donc honoré qu’il dise cela à mon sujet. Entendre de telles choses ne fait que me motiver à donner de meilleures entrevues, m’entraîner, me donner pour les partisans et tout mettre en oeuvre afin de ne pas le faire mentir. C’est de la pure motivation et je suis honoré qu’il m’ait fait ce genre de compliment parce que c’est ce que je cherche – je veux qu’on se souvienne de moi, je veux être bon à quelque chose. Ces compliments me rassurent et me montrent que mon travail commence à payer et que les gens le remarquent. Je me dis donc de ne pas m’inquiéter, de simplement continuer à travailler.”

Plus important encore, Jones sait que la raison pour laquelle Ali a eu si grand impact dans le monde entier, ce n’est pas seulement parce qu’il pouvait livrer la marchandise jusqu’au son de la cloche (ce qu’il a fait), mais aussi parce qu’il était prêt à se mouiller pour défendre quelque chose en quoi il croyait. Récemment, des athlètes de premier plan tels que Michael Jordan et Tiger Woods ont été davantage préoccupés par leurs dollars, refusant de prendre position comme les grands des années 60 tels qu’Ali, Jim Brown, Bill Russell et Kareem Abdul-Jabbar. Donc lorsqu’on lui demande s’il est prêt à faire le nécessaire, le jeune Jones n’hésite pas avant de répondre.

“Absolument”, soutient-il. “Je crois que le fait qu’on se souvienne de quelqu’un pour sa prise de position est plus important que Ie fait qu’on se souvienne de lui à cause d’un mouvement « cool » qu’il a fait. En ce moment, je soutiens le Christ et j’ai trouvé quelque chose qui me passionne alors que j’apprends beaucoup sur moi-même et sur le monde qui m’entoure. Je veux vraiment aider les gens. Être bon est une chose, mais qu’on se souvienne de soi est une autre chose. Pour être grand, éminent et marquer les gens, tu dois prendre position pour quelque chose et changer le monde à ta façon. Ali s’est levé pour les Musulmans et pour ne pas avoir fait la guerre et il a eu un impact. Les gens ne se souviennent pas de Bruce Lee comme de “l’Asiatique.” Personne n’en a rien à cirer que Bruce Lee était un Asiatique, ils l’aiment partout dans le monde, et je veux avoir un impact semblable. Je ne veux pas être l’Afro-Américain, je ne veux pas que personne se dise ‘J’aime le combattant noir.’ Je veux que les gens m’apprécient parce que je suis moi. J’aimerais mieux être reconnu comme le combattant chrétien ou le combattant qui prône la paix et qui brille par son positivisme, sa gentillesse et sa confiance, davantage que pour mes tactiques. C’est important.”

Et si Jones l’emporte samedi soir, il pourrait bien devenir le visage le plus important du sport. Mais il reste un combat à gagner et un dur. Peu importe les pronostics, Rua n’est pas un “underdog”. C’est un vétéran chevronné qui a déjà fait ce que Jones tente de faire. Il a également assuré sa longévité en affrontant les meilleurs de ce sport, et si ses KO sur Chuck Liddell et Lyoto Machida ne sont pas suffisamment convaincants, considérez qu’il amorcera enfin un combat en bonne santé pour la première fois depuis longtemps. Et le plus gros ‘et si’ pour Jones, ce sera de savoir comment il va réagir s’il se fait toucher par un artiste du KO tel que Rua. Est-ce qu’il fera sa petite danse? Sera-t-il capable de battre en retraite et se ressaisir? Personne ne le sait, sauf Jones.

“Ma réponse à cela, c’est que j’ai gagné le privilège de ne jamais avoir eu à le montrer à personne”, a-t-il commenté. “À tous ceux qui disent que je ne me suis jamais fait frapper et qui se demandent comment je vais réagir; la raison pour laquelle je ne me suis jamais fait frapper, c’est que je suis obsédé par ce que je fais au gym chaque jour, trois fois par jour, six heures par jour. Et quand tu dédies ta vie à ça, tu espères que personne ne te voit jamais faire la danse du poulet. C’est ainsi que ça fonctionne. Ceux qui se demandent comment je vais réagir, je leur dis que je me suis fait frapper plusieurs fois à l’entraînement et que j’ai bien réagi. J’ai déjà été ébranlé en lutte – je me souviens quelques fois au lycée, je projetais mes adversaires et j’atterrissais sur ma propre tête pour pratiquement me mettre KO moi-même, mais je continuais de me battre. J’ai déjà vu des flashes blancs avant et j’ai toujours continué de me battre. Si ça se produit lors de ce combat, je serai définitivement prêt à combattre malgré tout, je sais que je peux combattre malgré tout.”

C’est la voix de la jeunesse, de la confiance, et possiblement du futur des arts martiaux mixtes. Ce n’est pas de l’arrogance, c’est simplement quelqu’un qui a la ferme conviction que ses buts peuvent être atteints. Il pense à ce combat chaque jour depuis les six dernières semaines et il n’est plus qu’à une seule journée du jour J. Donc comment s’inscrit le duel Jones-Rua dans l’esprit de l’aspirant? La réponse est un flux de conscience qui prend tout son sens pour celui qui devra la comprendre et l’exécuter au Prudential Center samedi soir.

“Je me visualise aller là-bas, livrer mon combat, garder les mains hautes, échanger des coups de poing avec lui, encaisser des coups de pied et lui en renvoyer d'aussi puissants coups de pied en retour”, dit Jones. “Je me vois l’amener au sol à ma guise, encore pire que ce que j’ai fait contre Stephan Bonnar. Je peux me voir le soumettre une fois au sol. Je me vois le dominer de la position du dessus. Je ne crois pas qu’il ait déjà affronté quelqu’un qui lui ait lancé des coups de pied aux jambes et à la base, je crois que tout ce qu’il peut faire, je peux le faire en mieux. Je suis jeune, je suis affamé et Shogun est un grand combattant et est très intelligent, seulement, je crois qu’il n’y a rien qu’il puisse faire que je ne puisse faire aussi. Je peux lui lancer une droite, je peux le pousser contre la cage, je peux lancer des coups de pied tout comme il peut le faire. Il n’a rien que je n’ai pas, sauf une ceinture noire. Je veux démontrer que le travail, le dévouement et le simple fait d’y croire peuvent surpasser n’importe quelles ceintures noires.”

Une pause.

“Je vois ce combat aller où je veux au sol, debout et définitivement aussi, au chapitre de la lutte.”

C’est maintenant le temps pour Jones de montrer qu’il peut ébranler le monde entier.

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